C’est l’histoire d’une rencontre inattendue avec un ordinateur portable Lenovo Idéapad 110-17ACL, son couple de propriétaires, et un petit GULL (Groupe d’Utilisateur de Logiciel Libre) de province déterminés à migrer la machine vers un système d’exploitation GNU/Linux.
Et comme toute histoire chez nous, elle commence un jeudi soir à l’heure où tous les pingouins sont gris.
Il s’agit donc de libérer la machine, non d’une séquestration mais du lâche abandon de son constructeur, suite à la fin du support de Windows 10 par Microsoft. On sait faire ici à GEBULL. Du moins c’est ce que nous pensions, mais cette fois ce n’était pas qu’une simple question de configuration…
Ni une ni deux un de nos membres, un courageux combattant de la liberté, se jette sur l’appareil. Première étape : rentrer dans le BIOS, désactiver le secure boot et permettre le démarrage sur un support externe (qui contiendra le saint des saints : une bonne vieille distribution MX Linux).
La procédure est connue, rodée et nous avons un entraînement intensif d’appui frénétique sur les bonnes touches au démarrage. Ces touches varient suivant les constructeurs pour accéder au BIOS : F2, Fn + F2, F1. « Essaye la touche suppr. ou Echap » peut-on entendre comme un écho depuis l’autre bout de la pièce. Mais ce soir là rien ni faisait, l’ordinateur, soucieux de nous narguer démarrait inlassablement Windows sans passer par le BIOS. Après concertation une recherche fut effectuée sur le site du constructeur pour obtenir l’information qui nous faisait défaut.
COMMENT ACCÉDER AU BIOS ?
Ce fut la stupeur, le constructeur a en effet ajouté un bouton, appelé Novo, pour pouvoir entrer dans le BIOS. Une sorte d’appendice disparate au renflement microscopique sur le flanc d’un cadavre ambulant.
« Une seringue s’il vous plaît ! Euh pardon, je voulait dire : une épingle. »
Et là miracle si on appuie sur ce fameux bouton un menu s’affiche avec plusieurs options.
« BIOS Setup » mais bien sûr. Nous sélectionnons cette option, appuyons consciencieusement sur la touche Entrer et là… Le chargement de Windows s’effectue, sans honte, ni pudeur. Pas le temps de s’apitoyer sur notre sort, une autre option du menu Novo nous avait interpellé.
L’option « Boot Menu ». Une clé USB avec une distribution MX Linux fut branchée à la bête et l’option Boot Menu sélectionnée. Eh bien, ces nouvelles distributions Linux censées ressembler à Windows sont bluffantes, dès le démarrage, ou bien…
Trêve de plaisanterie
L’opération à cœur ouvert fût décidée par un collège d’experts unanimes. C’est l’opération de la dernière chance s’exclama quelqu’un dans l’assemblée de badauds venus assister au carnage. Deux pistes de réflexion avait décidé les spécialistes à ouvrir l’infortuné.
La première était la remise à zéro des paramètres du BIOS en enlevant la petite pile bouton qui lui est généralement associée, ou bien en trouvant un bouton ou un cavalier sur la carte mère destiné à cet usage. Mais après une inspection minutieuse, nous découvrons aucune pile, seulement la batterie de l’ordinateur qui une fois débranchée pendant un temps d’attente arbitraire, mais suffisant, ne donna pas le résultat escompté.
La deuxième piste était de retirer le disque SSD contenant l’effroyable système Windows. Nous pensions, à tort, que sans disque sur lequel démarrer le BIOS serait bien obligé de reprendre la main.
Encore une impasse
Après toute cette histoire je suis encore sceptique face à la vérité qui s’imposait… Celle d’un BIOS corrompu empêchant l’accès utilisateur, mais fonctionnel pour le reste de la séquence de démarrage. Mes pensées s’égarent à l’idée de brigand verrouillant les BIOS à bas bruit.
Mais revenons en a nos pingouins
Comme chacun sait le BIOS est un programme informatique contenu dans une petite mémoire sous forme de puce électronique soudée sur la carte mère de l’ordinateur (et portant le doux nom d’EEPROM). L’idée étant alors que si quelqu’un à travers ce vaste monde avait fait une copie de ce programme non corrompu, non bugué… disons simplement une copie fonctionnelle. Nous pourrions mettre ce programme à la place du BIOS récalcitrant pour sauver le patient (ainsi que nos égos).
L’opération est délicate et se décompose en plusieurs étapes. On commence par dessouder l’EEPROM de la carte mère : avec un fer à souder on rajoute un peu d’étain sur les contacts de la puce électronique pour faire baisser le point de fusion de l’étain utilisé par le constructeur et dessouder la puce plus facilement. Ensuite on utilise un pistolet à air chaud qui va liquéfier l’étain sur l’ensemble des contacts de la puce et pouvoir l’enlever en une seule opération. On ressoude alors la puce sur un étrier pour l’insérer dans un programmateur d’EEPROM. On fait une copie du BIOS qui déraille, au cas où.

Certains diront qu’il vaut mieux un BIOS qui ne démarre que Windows que pas de BIOS du tout. D’autres diront exactement l’inverse et chacun se fera son avis. À GEBULL le nôtre est fait depuis longtemps.
Autrement dit l’échec n’est pas permis !
On met le nouveau programme (trouvé sur quelque site plus ou moins obscur) dans la puce électronique via le programmateur. On dessoude l’EEPROM de l’étrier à l’air chaud, puis on finit par la ressouder sur la carte mère (après avoir nettoyé les contacts, parce qu’il n’y a que dans les films qu’il n’y a pas de ménage à faire — petite pensée pour notre salle de réunion).

À ce stade certains ce seraient mis à prier mais ici rien ne sera laissé au hasard. Seul le courage, l’obstination, que dis-je : la bravoure des acteurs impliqués dans cette histoire nous aurons permis d’atteindre nos objectifs.
C’est à dire ?
Eh bien, un ordinateur fonctionnel avec un système d’exploitation GNU/Linux plutôt qu’un ersatz de plus au fond d’un placard ou au sommet d’une décharge à ciel ouvert où des enfants indiens se chargent de remettre un peu de logique dans notre mode de production.
Et oui, rien que cela mesdames et messieurs
Pour conclure comme il se doit et parce que toutes les histoires doivent se terminer ainsi, sachez que le couple de propriétaires et leur Lenovo 110 vécurent heureux et eurent beaucoup de pingouins.
FIN


